Seize pilotes dans le lac, quinze canards et un éléphant, et une même question : ça fait quoi de tirer secours ? Retour sur la journée extraction de secours effectuée le Dimanche, 17 mai 2026 Avec Benjamin Levêque du Duck et Nicolas Treins de Way’Up.
En théorie, chaque pilote doit avoir le réflexe de tirer son secours. Entre l’intention et le geste, il y a pourtant un gouffre, et c’est ce gouffre que la journée d’extraction organisée par le Duck a pour but de combler.
Le matin, beaucoup de pilotes arrivent avec la boule au ventre et la peur de faire secours. Le soir-même, ces mêmes pilotes arborent un gros sourire sur le visage car le geste du tirage de secours a été désacralisé. Ces pilotes sont désormais câblés différemment pour tout le reste de leur vie de pilote car la sensation de l’extraction et l’affalement leur sont familiers. Bien entendu, cela n’enlève pas l’exercice de la poignée témoin qui doit persister à chaque vol.
Cette même année 2026, Marine, une membre du Duck a eu des difficultés à affaler sa voile à cause d’un effet miroir, après avoir tiré secours. Cet épisode certes très personnel, met en lumière l’importance de connaitre les bons gestes.
Simon, moniteur, avoue avoir été sceptique au départ sur l’intérêt de tirer son secours en situation protégée. En rapprochant l’exercice de cet incident, son raisonnement a évolue. Oui, tirer secours représente un budget et de l’organisation, mais si un pilote, le jour où ça part en vrille, pense à tirer la poignée au lieu de chercher à piloter et qu’il s’en sort vivant et encore mieux, pas blessé, alors c’est une ressource inestimable.
Nico, moniteur de SIV chez Way’Up l’a rappelé aux pilotes : « Le meilleur pliage de secours, c’est celui que vous faites vous. » Comprendre comme ça fonctionne. Mettre les mains dedans. Tester l’extraction. Prendre confiance en son pliage.
J’avais moins d’un an de pratique du parapente avant le stage. Je me suis préparé pendant l’hiver 2025/2026 à la théorie (Les visiteurs du ciel, Sécurité en Parapente, Le Parachute de Secours). J’ai fait un pliage de mon secours avec Benjamin Lévêque en mars 2026. J’ai fait un stage SIV avec Nico Treins à l’école WayUp en avril 2026.
J’ai une voile Nova Aonic XS, une sellette WoodyValley Wani Light M, un secours Sky Quattro 110.
J’appréhendais la vitesse-sol au moment d’attérir/amérir sous le secours. J’avais peur d’être sidéré par l’ouverture du parachute et de ne pas réussir à affaler ma voile.
Le RDV à 7h30-8h à Doussard pique un peu (réveil beaucoup plus tôt pour covoiturer depuis Grenoble). L’accueil par Benjamin et Nico était super, les instructions au briefing étaient très claires, l’accompagnement sur place a été très fluide. On a eu du matos spécifique pour le plouf (gilet de sauvetage, sac étanche pour la radio, bouée pour le pod du secours)
On était un groupe de 2×8 volants, plusieurs binômes en biplace. Nico gérait le bateau et la récupération des plongeurs, Benjamin gérait les rotations de minibus et le cadencement des décollages. On avait la possibilité de tirer le secours en vol droit ou en amorce de virage 360°.
J’ai opté pour le tirage en virage, c’est impressionnant à quel point tout se passe très vite : tu te mets en virage, tu décides d’aller tirer la poignée, tu galères à la trouver et tu tires fort. Très vite le parachute se déploie derrière toi et ta voile plonge petit à petit. Il faut vraiment réagir vite pour tirer les freins et affaler la voile.
La chute sous le secours est à la fois étrangement calme parce que le secours est très stable et lent mais aussi bruyante à cause de la voile affalée qui veut se remettre en vol.
Tu as le temps de voir le lac s’approcher doucement, de plus en plus vite et quand tu distingues bien les vagues, tu te rends compte que tu descends beaucoup plus vite que lors d’un atterrissage bien maîtrisé.
Il y a un choc à la rencontre avec la surface de l’eau, et tout rend la nage plus difficile : le gilet, la sellette, les suspentes partout… Heureusement, le bateau te récupère très vite après ton arrivée dans l’eau et tu es récupéré par Nico et un autre stagiaire.
Il faut passer quelques minutes à tourner sur le lac pour retrouver le flotteur du pod, et après c’est le retour à la terre, le séchage du matériel au vent.
J’ai fait le pliage chez moi la semaine suivante, tranquillement avec les instructions de la vidéo du constructeur et les conseils que m’avait fourni Benjamin en mars. Je conseille à tout pilote de faire au moins une fois dès que possible un tirage de secours. C’est une expérience unique, qui apprend beaucoup sur le fonctionnement du parachute de secours. Faire ce stage, c’est démystifier un objet qu’on ne manipule que trop rarement, on a peur de le sortir et de ne pas réussir à le ranger correctement. Le parachute de secours doit être un équipement comme les autres dans l’inventaire de la sellette. Je ne pense pas refaire de stage tirage de secours, une fois suffit à comprendre que tirer son secours doit être un geste anodin qui peut te sauver la vie. N’hésite pas à le tirer!
La FFVL en conclut que, dans une majorité de cas, tirer le secours aurait pu sauver le pilote. C’est une estimation, pas un décompte de vies sauvées.